Le contraste constitue un mécanisme linguistique fondamental qui structure la communication et s’exprime généralement au moyen d’indices prosodiques, syntaxiques et lexicaux. Dans l’exemple suivant, les sujets « Marie » et « Paul » sont mis en contraste.
(1) Marie dévore les romans policiers, par contre Paul ne lit que des essais scientifiques.
Bien que le français dispose d’un riche inventaire de tels indices, on dispose de peu de connaissances sur la manière dont les locuteurs et locutrices les sélectionnent et les combinent, ni sur la façon dont ces processus varient selon les variétés régionales.
Ce projet étudie comment les différences prosodiques entre cinq variétés de français parlées en Suisse, en Belgique et en France influencent le marquage des sujets contrastifs. Nous faisons l’hypothèse que les variétés « plus riches prosodiquement », caractérisées par une plus grande étendue mélodique et une plus grande flexibilité dans le placement de la proéminence (par exemple à Neuchâtel et à Liège), s’appuient davantage sur des indices prosodiques. À l’inverse, les variétés « plus contraintes prosodiquement », présentant une plage mélodique plus réduite et des schémas accentuels moins flexibles (par exemple à Paris), compenseraient en recourant davantage à des indices syntaxiques (par exemple la dislocation à gauche ou les phrases clivées) ou lexicaux (par exemple mais ou par contre).
Une expérience de production contrôlée permettra d’examiner comment des locuteurs et locutrices issu·es de cinq villes (Paris, Bruxelles, Liège, Genève et Neuchâtel) réalisent la proéminence prosodique sur les sujets contrastifs dans trois configurations syntaxiques (préverbale, disloquée à gauche et clivée), avec ou sans indice lexical. Une étude de corpus complémentaire analysera la fréquence et l’interaction des indices syntaxiques et lexicaux dans la parole spontanée, ainsi que la manière dont leur distribution est liée à des facteurs discursifs et pragmatiques.
En combinant des données expérimentales et de corpus, ce projet fournira la première description exhaustive de la manière dont les systèmes prosodiques régionaux influencent le marquage du contraste en français et, plus généralement, leur impact sur la syntaxe et le lexique.